Les bases - note n°10 - La conscience / partie 3 : naturel contrarié et identification

 

Les formes générées par la conscience sont-elles manifestées le plus naturellement du monde ? En théorie, mille fois oui. Mes prises de position, mes centres d’intérêt sont censés être les plus naturels possibles.

Mais en fait non. Évidemment.

Bien souvent, le naturel/l’intérêt est contrarié dans son expression, violenté par la rudesse du monde extérieur.

Exemple : Ado, vous aimiez un certain type de musique rétro, mais dès lors que vos camarades entendaient cela, ils ne manquaient pas de vous railler. Et il ne fallait pas compter sur les structures scolaires pour vous protéger.

 

Le naturel, bien que spontané, demande à être protégé, encouragé. On prend soin des jeunes pousses. Le problème étant qu'à coup sûr, vous vous êtes fait maltraiter au regard de façon d'être au monde. Et ne blâmez pas nécessairement vos parents, car nous vivons dans des sociétés si antipulsionnelles, antinaturelles, qu'il est difficile de s'épanouir. Même avec la protection aimante de votre famille.

Bien sûr, encourager l'épanouissement des pulsions n'est pas une ode à la permissivité, il est par exemple normal de cadrer l’intérêt d'un enfant selon certaines restrictions.

Exemple : Un enfant peut être attiré par la beauté d'un feu d'artifice, mais vous, en tant que parent devez l’empêcher de les toucher. Il ne sait pas encore que c'est dangereux, et que l'attrait pour le feu réclame des précautions spécifiques. Il l'apprendra en grandissant.

 

Cependant, cadrer et dresser sont deux choses différentes. Et nous vivons dans un monde qui nous apprend à bâtir de grandes cloisons étanches entre nous et nos réels amours.

Exemple : Vous êtes naturellement attiré par l'art, mais tout le monde dans votre famille dit que c'est une discipline inutile, idiote, une véritable escroquerie intellectuelle. Vous en avez marre de vous faire moquer dès lors que votre regard est trop appuyé sur une œuvre quelconque. Donc vous êtes devenu le bourreau : vous prenez les devants sur la critique quant aux artistes, histoire d'être sûr que personne ne se retourne contre vous.

Remarque: Parfois, c'est pire. Le naturel est violé. Sali. Travesti.

 

Ainsi, l’intérêt, en se déportant ailleurs que ce que son attirance suppose, fait jaillir à terme une nouvelle personnalité qui singe le naturel. On pourrait croire que le phénomène est temporaire. En ce sens, il suffirait d'user d'une personnalité de secours que l'on ne manquerait pas d'abandonner lorsque les choses se tassent ou redeviennent « normales ». Que nenni ! D'abord, disons qu'il est tout sauf agréable de jouer un rôle qui n'est pas le nôtre.

Exemple : Votre belle famille déteste les pauvres. Pourtant vous venez d'une famille modeste. Ainsi, aux repas de famille, vous vous sentez frustrée de ne pouvoir leur dire leurs 4 vérités. C'est qu'ils vous tomberaient tous dessus, et puis vous ne voudriez pas peiner votre conjoint. Mais bon sang, ça fait mal de se retenir.

Dur d'être un autre. C'est que le naturel est la meilleure économie d’énergie. Je veux dire, essayez un peu de marcher sur les mains pour voir. Fatiguant non ? Il vaut mieux se tenir debout, comme le veut la nature.

Mais voilà le problème : des gens qui marchent sur les mains, on en voit beaucoup. Alors pourquoi ? Pourquoi de telles choses arrivent-elles ?

 

Identification.

Imaginez un peu que vous soyez complètement immergé dans un environnement hostile, avec, à vos yeux, aucune échappatoire. Comment donc y survivre ? Vous allez le voir, les mécanismes de défense ne sont pas anodins ni réversibles à souhait. Ici nous allons parler de l'un des mouvements les plus importants de la conscience : l'identification.

 

Notion importante !

L’identification apparaît lorsque l’intérêt se centralise de manière durable, ou lorsque l'attention se cristallise si vous préférez. Ainsi, la conscience est portée à observer toujours les mêmes sujets avec une telle intensité dans le « regard » que l'on peut parler de fusion. On se « fixe » sur certaines choses. Attention, il ne s'agit pas simplement de concentration. Là, on parle de centralisation, de fusion : vous êtes désormais fixés de manière « pérenne » sur les sujets que vous observez, si bien qu'ils sont ancrés durablement de votre vie, et que, disons-le, vous « devenez » ces centres d’intérêt. C'est de là que naît la forme, la personnalité ; de la pesanteur et la fusion, car si vos centres d’intérêt changeaient continuellement, on ne pourrait vraiment vous définir.

 

Résilience malheureuse.

Seulement voilà, il est des endroits pour lesquels il est difficile de se fixer, de s'identifier, au risque parfois de mourir. Alors, on préfère oublier ces jardins intérieurs pour mieux se cristalliser sur des centres d’intérêt qui nous permettront, sinon de nous sentir vivants, au moins d'exister.

Exemple : Reprenons l'exemple de l'art, dans le bon sens du terme. Si la vie était bien faite, vous manifesteriez tellement d’intérêt pour la discipline qu'elle serait LE centre d’intérêt de votre existence, si bien que vous vous définiriez - ou les autres le feraient pour vous - comme un amateur d'art ou un artiste, directement.

Mais le monde étant ce qu'il est, pendant toute votre vie le fait de manifester de l’intérêt envers l'art se traduisait par des moqueries, si bien qu'actuellement, toute forme d’intérêt renouvelé pour la discipline est définitivement associée à la peur de souffrir, encore et encore. En conséquence, vous allez donc pleinement vous identifier à une activité validée par votre environnement, peut-être la musculation. Vous vous y donnerez corps et âme pour que l'on vous reconnaisse socialement, et vous le ferez tellement que vous oublierez votre centre d'intérêt premier (quoique vous l'exercerez sans vous en rendre compte, dans vos incohérences et erreurs de parcours les plus manifestes). Au contraire, vous croirez en ce mensonge qu'est la musculation pour vous. Et avec cette nouvelle image, les gens seront bien loin de pouvoir deviner cet attrait secret pour l'art qui existe à l'état latent en vous. Seules les personnes qui vous connaissent vraiment et qui sont capables de dépasser votre carapace pourront saisir ce subtil germe de vie secret.

Remarque : Hé, j'ai rien contre la muscu hein. Au contraire. Mais pour la caricature, ça fonctionne bien.

 

Voilà pourquoi on finit par épouser ce que l'on récuse. Si ce n'est pas clair, voici une autre métaphore :

Imaginez un peu que vous soyez contraint de marcher sur les mains, vous n'accepteriez pas de le faire 5 minutes. Marcher, c'est avec les jambes. Cependant si vos jambes sont hors d'usage, vous serez bel et bien contraint de vous adapter à la nouvelle situation. Ainsi, la conscience effectue elle-même ce genre de résiliences face à des situations qu'elle estime insolubles.

Sauf que les jambes de la conscience, elles repoussent. C'est terrible de l'ignorer.

 

Fixation sans mouvements ?

L'identification est une centralisation qui opère par une forme de gravité. Ainsi, il n'est pas impossible de déporter son attention ailleurs quelque temps, de déplacer un tant soit peu sa conscience autre part. Bouger un peu sur son orbite...

Mais la gravité vous ramènera tôt ou tard à votre centre d’intérêt établi. Et lorsque le naturel est contrarié, qu'il n'épouse pas son centre d’intérêt véritable, mais qu'il est attiré ailleurs, la source de cette gravité ne peut être qu'un grand poids, lourd, généré à coup sûr par de la souffrance, ou quelque chose de ressemblant.

 

Alors le naturel ? Une fois que l'identification est faussée, c'est terminé ? Dès lors que notre intérêt se déporte ailleurs, les choses sont-elles finies ? Pourtant je suis sûr que vous connaissez la phrase : chassez le naturel, il revient au galop. Si la souffrance est grave et pesante, l'amour, lui, est magnétique, et il n'oublie jamais les romances perdues. Tout ce dont vous vous êtes coupés (ou que vous ignorez) ne manquera pas de revenir sous une forme chaotique, qui sera traduite comme une incohérence dans votre vie. Pour le langage moderne, c'est l'inconscient. Autant de pulsions secrètes qui attirent la conscience malgré elle, par à-coups incompréhensibles.

Remarque: Toutes les contradictions sont des arrangements clandestins avec notre nature. Peu ou prou.

 

Mais pour la suite, reprenons quelque peu l'idée de forme et de personnalité...

 

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