Nous avions dit précédemment que le déplacement traduisait un mouvement dans l'espace tandis que le changement traduisait un mouvement dans le temps. C'est un abus de langage qui est tout à fait satisfaisant si l'on s'en tient à une description globale.
Toutefois, dans le détail, les choses sont plus précises.
En vérité, qu'il soit déplacement ou changement, tout mouvement est une manifestation du temps.
Le déplacement est une modification principalement quantitative...
Exemple : Si je me déplace de 5 kilomètres à pied, j'effectue une marche sur une distance conséquente pour un pédestre. Un mouvement d'un point A à un point B.
...Tandis que le changement relève d'une modification principalement qualitative.
Exemple: Si je suis plongé dans le coma pendant plus de 10 ans sur un lit d’hôpital, je n'aurais pas bougé physiquement, mais pourtant j'aurais vieilli.
Ce sont deux pôles indissociables d'un axe sur lequel le mouvement opère.
A noter que tout ce qui existe dans l'univers est un mélange de qualité et de quantité.
Exemple : Une forme physique est principalement quantitative, mais elle peut toujours être distinguée d'une autre forme par un soupçon de qualité. La pensée est plutôt qualitative, mais apparaît toujours à travers une succession (quantité), et jamais en un seul élément.
Donc le temps est la mesure du mouvement, la mesure des modifications, quelles que soient leur nature. On pourrait même dire que c'est la mesure de L'ORDRE de l'action, qu'il soit quantitatif (succession) ou qualitatif (sens, bien ou mal). Et vous aurez compris qu'il existe un temps physique, émotionnel, mental et pulsionnel.
La relation de cause à effet.
Tout mouvement est considéré pour les modifications qu'il apporte, qu'elles soient géographiques, ou formelles (vieillir, changer de façon de penser).
Et c'est ainsi que l'on considère toujours la cause de la modification lorsque l'on observe le temps, pour délimiter la modification.
Ainsi, du point de vue scientifique, la relation de cause à effet est considérée sur le même plan, donc de manière horizontale.
Exemple : Je vous pousse, et vous tombez une seconde plus tard.
Mais c'est un point de vue qui, s'il est nécessaire dans certaines circonstances, reste tout de même limité, car bien des modifications (pour ne pas dire toutes) proviennent d'une relation de cause à effet où les agents ne sont pas présents sur le même plan, mais sur des niveaux de réalité différents ! Une relation de cause à effet verticale donc, avec une cause toujours à l'intérieur, et un effet à l'extérieur.
Exemple : Si vous tombez, ce n'est pas tant parce que je vous pousse que parce que je suis méchant, j'ai une façon de penser odieuse.
Dans l'exemple, on peut même remonter plus loin, « si je suis méchant, c'est peut-être parce que j'ai été maltraité plus jeune ».
Remarque : Cela dit, on essaye d'invoquer les causes avec pertinence hein...
Poupées russes.
En fait, on pourrait dire les choses comme telles. A comparer les formes de différentes réalités, il est clair que certaines comportent plus d'information que d'autres. Les formes les plus qualitatives sont celles qui comportent le plus d'information. Et c'est l'information qui va commander à la forme la plus extérieure.
-La forme émotionnelle est une information (comme un logiciel) pour la forme physique.
-La forme mentale est une information (comme un logiciel) pour la forme émotionnelle, etc.
L'information est à l'intérieur de la forme. C'est logique non ? Tout comme il est logique de supposer qu'à un certain point l'information est pure, donc informelle (sans forme, l'esprit).
Remarque : C'est ENCORE une application de la notion d'essence et la substance.
De ce point de vue, il convient de remonter à la chaîne de commandement pour trouver la vraie cause d'un changement. Et puisque la nature est ce qu'il y a de plus haut dans l'univers, alors la science prévalent à l'égard du temps serait la mesure de l'évolution des formes pulsionnelles :
La science du rythme.
Pouvons-nous trouver des gages à de telles assertions ?
Plutôt facilement, ce sans faire de métaphysique du rythme. La vérité, c'est que le battement de la montre, pulsation mécanique, est calé sur des rythmes naturels.
Nous nous servons des révolutions de la planète Terre autour du Soleil pour calculer la pulsion du changement physique, parce qu'on a pu constater que les transformations opèrent selon un rythme relativement ordonné (une fourchette) en fonction des appartenances aux différentes espèces. Je suis certain que si vous êtes un être humain, et que vous avez 100 ans, vous êtes dans une forme de « vieillesse » (et si ce n'est pas le cas, donnez-moi le nom de votre crème de nuit).
Plusieurs réseaux.
Évidemment, des pulsions qui agissent et qui se renouvellent, on peut en trouver de différents types, qui agissent à différentes fréquences. Qu'est-ce que j'entends par là ? Qu'il y a comme des réseaux parallèles d'évolution, de changements, autrement dit, des pulsions qui évoluent à un rythme différent les unes des autres.
À ce titre, nous avons parlé du rythme de la croissance, mais le sommeil suppose un cycle/rythme différent qui ne manquera pas de contribuer à – du moins, il me semble – engendrer de nouvelles cellules à une certaine échelle, et donc, nécessairement, aider à renouveler la forme physique.
La biologie en a une liste longue comme le bras.
C'est par ce biais que l'on peut comprendre le rapport le plus basique au temps. En effet, le temps nous paraît long ou court selon l'évaluation que nous faisons du rythme du changement.
Exemple : Si je vous dis qu'un voyage en fusée jusqu'à la planète Jupiter dure 5 ans, vous allez trouver cela long ! Parce que 10 ans (aller-retour), c'est une durée conséquente au regard du rythme de l’évolution de la vie humaine. Passer toute votre jeunesse (et les changements de forme) dans un vaisseau spatial, très peu pour vous !
Mais tout dépend du rythme que l'on considère !
Exemple : Attendre 2 heures dans une file d'attente n'est pas aussi long qu'un voyage de 12 ans en fusée, ce n'est donc rien au regard de la vie humaine. Pourtant c'est long. Pourquoi ? Parce que le rythme que vous considérez ici est probablement un rythme journalier : le cycle de la faim, ou du sommeil ou à plus forte raison le rythme de la vie sociale.
Remarque : Je crois que les pulsions les plus déterminantes ne figurent pas (ou très peu) dans les cahiers de biologie ! Nous le verrons plus tard.
Catégories temporelles.
Il n'est pas difficile d'imaginer que nous pouvons avoir des préférences quant à notre appréciation de l'évolution, et donc dans notre rapport au temps. Ce qui peut, à terme, rapprocher les gens selon leur modes de fonctionnement et leurs projections.
Une conscience accrue du temps long induira nécessairement un intérêt appuyé pour les rythmes les plus profonds et lents. Et donc un amour pour les fondations, la préservation de la société, un tempérament de corporation au sens le plus positif du terme (tendance à l'indifférenciation).
Au contraire, les rythmes les plus rapides auront tendance à apporter de la variété et de la nouveauté (tendance à la singularisation). Un amour pour le changement de la société, un tempérament libéral au sens strict.
Ainsi, on peut imaginer un système de 4 tempéraments (ou utiliser un autre nombre) calé sur ces gradations.
Remarque : Attention, tout cela doit être nuancé par le vivant. Par exemple, il est possible d'être révolutionnaire en dépassant la mesure autant par le haut que par le bas. Révolution et restauration peuvent être tout aussi abrupts.
Qu'on ne s'y trompe pas, je ne parle pas de caste ! Ce mot est trop dangereux, trop élitiste et trop méprisant. Je ne l'utiliserai jamais. Ici il est plutôt question de tempérament temporel (vous pouvez même inventer un autre mot).
A savoir que le terme tempérament exprime l'idée de catégories « horizontales ». Pas verticales.
Remarque : Le mot horizontal traduit un regard dans lequel les éléments considérés se valent. Le mot vertical quant à lui traduit une valeur différente. Avec des supérieurs et des inférieurs.
Et la valeur ? La hiérarchie ?
L'esprit humain a toujours classé hiérarchiquement les formes et mouvements qui l'entourent. Et c'est bien normal.
C'est une question de mérite, non plus rythme, mais mélodie.
Il n'existe pas de mélodie sans rythme (je le dirais plus d'une fois). Ainsi, le mérite ou l'accomplissement personnel ne peuvent être décorrélés de l'évolution naturelle, du moins ils ne peuvent s'en distancier, ou seulement jusqu'à une certaine limite.
Qu'est ce que je veux dire ? Simple. Aussi doué que puisse être un enfant, nous ne voulons pas qu'il ou elle devienne président(e) de la république. Pourquoi ? Parce qu'il est trop jeune, et cette « jeunesse » implique des considérations, enjeux et focalisations qui disqualifient le jeune d'une fonction qui exige d'autres qualifications.
Mais les qualifications naturelles ne sont que de prérequis. Ainsi, l'évolution n'est pas représentative du mérite. Il n'est pas possible de gager la sagesse d'une personne sur son âge avancé.
Autrement dit, le rite de passage ne suffit pas... Alors quoi se mesure la valeur ? L'accomplissement ?
Il faut des preuves, il faut faire ses preuves. Il faut donc une épreuve.
La valeur ne se juge pas en fonction d'un rite de passage, mais d'un rite initiatique : une épreuve qui gage de la qualité de votre mélodie.
C'est ainsi que l'on comprend pourquoi dans certaines civilisations, le temps est un mélange subtil entre rites initiatiques et rites de passage.
Exemple : Vous n'aurez le droit de chasser qu'une fois adulte. Mais peu importe que vous grandissiez, vous ne deviendrez un adulte que si vous êtes capable de chasser correctement.
Qu'on ne s'y trompe pas, il en est de même dans le monde moderne. Ce sont toujours les états et les accomplissements qui définissent le temps le plus sacré (le sens, le destin), selon les exigences des différents milieux.
Mais que l'appréciation du temps soit qualitative n'implique pas qu'elle soit de bonne qualité. Et cela vaut tant pour le monde moderne que les mondes anciens.
En vérité, nous devrions plutôt nous demander quels sont les vrais rites qui définissent notre position en tant qu'être humain.
Nous traiterons cette question plus tard... avec une section dédiée (la voie initiatique). Notez cependant que le mérite n'est pas censé susciter de récompenses au sens où on l'entend : cela ne vous rend pas supérieur, mais mature. Autrement dit... prêt. Prêt à servir.
Et oui, les pulsions, la nature, le temps... C'est avant tout un ordre naturel au sein du chaos indifférencié de l'espace.

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