Ce n'est pas parce que la réalité de l'esprit est au-delà du monde quelle est sans action sur ce dernier. C'est même le propre d'une essence que d'agir sur des réalités qui lui sont extérieures. Rappelez-vous, le mental est moteur pour les émotions, qui sont elles-même motrices pour le corps. Le mental agit donc sur d'autres réalités « plus basses ».
De ce point de vue l'unité, qui serait la réalité la plus intérieure de toutes les réalités, peut constituer en quelque sorte... le moteur du monde. Dieu.
Mais c'est une chose que l'on peine à reconnaître, pourquoi ? Parce que l'esprit n'est pas là, qu'il est invisible. Oui, mais ce n'est pas parce que nous le voyons pas qu'il n'est pas agissant. Le corps a-t-il conscience de la pensée ? La plante est elle consciente du nuage qui l'arrose ?
Et peut-être que nous même sommes arrosés par les anges....
En vérité, l'esprit n'est peut-être pas si invisible. Déjà, s'il est le moteur du monde, il est forcément un endroit ou il vient toucher le monde. Ainsi, il suffirait quelque chose dans l'être humain se tienne à la lisière de l'esprit pour l'observer. Mais heureusement, nous savons plus ou moins à partir de quoi l'esprit se laisse, sinon connaître, deviner.
L'esprit qui se voit.
Toutes les formes ne se valent pas. Il est des formes qui sont viciées, perverses, et d'autres qui sont naturelles et authentiques. Mais comment savoir ?
Qu'est ce qui fait la différence entre une forme viciée et l'autre naturelle ?
La beauté. C'est la beauté qui nous permet de distinguer la nature de la corruption (bien entendu, on parle de « vraie beauté »).
Pourquoi ?
La nature constitue la partie la plus intérieure du monde pulsionnel, et de surcroît de l'univers. Ce faisant, elle touche les couches les plus extérieures de l'esprit, et on pourrait même dire qu'elle se confond avec ce dernier en l'endroit de la beauté.
C'est donc par ce biais que Dieu peut être connu. La beauté, c'est l'attribut premier par lequel l'esprit se montre à l'univers, participe de l'univers.
Comprenez bien ce que je dis : si la nature est ordonnée, harmonieuse, intelligente, c'est parce qu'elle est guidée par l'esprit. Et le beau est la trace la plus visible (ou intelligible) de cette intervention.
Remarque : En clair, beauté, nature et esprit ne peuvent être envisagés séparément pour le regard humain... ou (très) difficilement.
La beauté, frivolité de l'esprit ?
Disons pour l'instant que la beauté représente la couche la plus extérieure de l'esprit. De ce point de vue, la beauté est, par principe, toujours superficielle. Blasphème ? Non, car nous parlons superficialité spirituelle. Donc la meilleure de toutes.
Voyez la chose : l'esprit n'a pas besoin de se manifester au monde, de se montrer au monde, ni même de créer le monde. Et pourtant, il le fait. Il n'est pas obligé, mais il le fait.
Et c'est ainsi que ce que l'on pourrait qualifier de superficialité divine, n'est rien d'autre que de la gratuité. C'est là que réside le secret du beau : faire gratuitement, librement. Nous ne sommes pas obligés de danser ni chanter, ce n'est pas nécessaire. Et c'est bien ce qui fait le beau de la chose. C'est aussi le propre des parures et maquillages, lorsqu'ils ne viennent pas se substituer à l'essentiel, mais le sublimer, l'exprimer.
Un transcendantal ?
Attention. Dire que la beauté est la couche la plus extérieure de l'esprit est une chose. Mais n'allez pas y voir un statut d'infériorité. En vérité, elle est la couche extérieure de « toute chose ». Ainsi, dans la sagesse ou le courage (principes spirituels) c'est la beauté qui sert d'expression. De la même façon, il existe une beauté de l'amour. Autant le dire, nous parlons là d'une super qualité.
Intérieur et extérieur ?
Nous l'avons dit, la beauté appartient à l'unité. Elle en est l'expression ultime. Le beau, c'est donc d'une certaine façon... le corps de Dieu. Sa substance la plus extérieure. Mais comme il n'existe pas de différence entre la pensée et le corps au regard d'un individu, il n'existe pas non plus de distinction entre le beau et ce qu'il exprime. De fait, ce point de vue n'admet pas d'opposition entre l'intérieur et l'extérieur.
La vraie beauté, c'est donc ce moment ou il n'est pas possible de faire la différence entre l'intérieur et l'extérieur : difficile de dire si vous êtes beau parce que vous êtes gentil, ou si vous êtes gentil parce que vous êtes beau (parce que vous « exprimez » la gentillesse).
La transfiguration.
Il faut comprendre en vertu de ce que nous venons de dire que toute beauté intérieure est amenée à s'extérioriser. Et quelque puissent être les obstacles, la beauté, lorsqu'elle s'exprime, gomme tous les défauts.
Quand bien même vous seriez laid physiquement, au moment de l'expression de votre vertu, vous êtes beau. Pourquoi ?
Parce que la transfiguration. Voilà pourquoi.
Le mouvement qui part de l'esprit inonde tout sur son passage dès lors qu'il se déverse dans les réalités inférieures. Oui, bien sûr qu'en l'état votre corps peut être disgracieux. Mais cette disgrâce ne bloque rien.
Voici une analogie. Imaginez-vous, laid, moche, affreuse. Imaginez maintenant que quelqu'un veuille prendre une photo de vous dans un certain cadre. Sauf que voilà, au moment de prendre la photo, les nuages s'écartent, et dévoilent une merveilleuse lumière irradiante. Un coucher de soleil d'une splendeur à couper le souffle.
Maintenant je pose la question. Quand bien même vous êtes laid, est-ce que la photo sera laide ? Non, car le soleil irradiant prend le dessus sur le tout. Et c'est là que réside le parallèle avec la transfiguration. La beauté est un rayonnement trop important pour être éteint par je ne sais quel défaut physique. La beauté, c'est un million de soleils. C'est pire encore, c'est un mouvement pur. Inextinguible.
Ainsi, lorsque l’esprit s'exprime à travers vous... vous êtes soleil ! Ou lune, si vous êtes une beauté discrète (mais pas moins élégante).
Remarque : Ce que je veux dire, c'est que l'esprit, et de façon moindre, la pulsion, l'emportent sur les réalités plus denses et visibles. Aussi subtiles que puissent être l'âme et l'esprit, lorsqu'ils s'expriment à plein régime, ils sont comme le coucher de soleil qui vient gommer les laideurs individuelles.
J'aurais plus de choses à exposer, mais nous en rajouterons dans la section des rêves. Nous pouvons nous en tenir à cela.

Écrire commentaire